Close

18 décembre 2021

Une jeune femme Photographe nous parle

INTERVIEW

Avec Lina Mensah, photographe artiste

 

Lors du Festival Panafricain de la Photographie d’Art d’Abidjan, Lina Mensah, une jeune photographe d’art d’origine togolaise, invitée de ce festival, nous partage ses expériences en tant que photographe et nous fait part de ses impressions.

Une brève présentation ?

Je m’appelle Mensah Lina, je suis issue d’une famille de photographes. La troisième génération. Donc, mes parents sont tous deux togolais : mon père, d’une partie béninoise, mais ayant la nationalité togolaise. Et donc j’ai fait tout mon parcours scolaire au Togo, surtout à Lomé et j’ai fait des études en Sciences de l’Éducation à l’Institut Don Bosco, des Salésiens de Don Bosco.

C’est une formation que je n’avais pas choisie à la base : je voulais faire du stylisme. Mais, c’est devenu une formation qui m’a ouvert l’esprit, qui m’a fait grandir et avoir une nouvelle façon de voir le monde et ce n’était pas une perte ; j’y ai trouvé mon compte.

Depuis deux ans, je me concentre beaucoup plus sur la photographie artistique. Parce que c’est ce que j’ai découvert après toutes ces années où j’ai exercé ce métier de façon naturelle aux côtés e mes parents. Et c’est ces deux dernières années que j’ai découvert l’aspect artistique qui me passionne.

Quelle est ton expérience en tant que photographe participante de ce salon ?

C’est une expérience singulière dans la mesure où je m’y retrouve en tant que seule femme participante. Et ça attire.

Il n’y a pas que mon travail qui attire, mais mon identité attire. Et ça me permet d’espérer que ce métier sera vraiment porteur pour moi. C’’est un signe que je suis sur la bonne route.

C’est ce que j’ai ressenti.

Est-ce que cela voudrait dire que le fait d’être une femme photographe, cela attire plus l’attention des gens ?

Généralement on se dit : « c’est un métier d’homme » ; dans mon pays, il n’y a pas beaucoup de femmes qui font de la photographie. Et il y en a beaucoup qui laissent tomber dès qu’elles deviennent mères. Il y a même des hommes, des prétendants qui disent : « Je ne te laisserais pas aller travailler la nuit, couvrir un défilé de mode jusqu’à minuit ».

Socialement, ce n’est pas toujours accepté. Donc, quand tu viens dans un environnement où les mentalités ont déjà commencé à évoluer, ça encourage. Même les confrères (ici) ont tendance à me donner des idées pour que j’aille vraiment au but et que je ne laisse pas tomber mes rêves.

Selon toi, quelle approche de la photographie le jeune devrait-il avoir ?

Pour moi, ils devraient avoir (les jeunes) une idée de ce qu’ils veulent : il faut penser la photo. Tout le monde sait faire des photos. D’accord ? Mais quand on veut être artiste photographe, il faut passer de l’étape du cliché simple à l’étape de l’image pensée. Avant de prendre une photo, il faut que vous sachiez déjà ce que vous voulez avoir comme résultat. Et c’est ce qui va faire que le photographe dans ce cas, le jeune, aura son identité propre à lui.

Quelle prospective pour un jeune qui veut embrasser la photographie comme métier ?

Disons qu’il y a plusieurs types de photographes : on peut être un photographe d’événementiel, photographe artiste, documentariste, journaliste, ou photographe sportif. Donc il y a tellement de variétés que quand tu veux te lancer, il faut avoir la culture de ce dans quoi tu veux entrer. Et là, tu sauras qu’est-ce qui correspond  mieux à ton identité : est-ce que je me sens bien dans la photographie de sport, ou est-ce que je préfère créer ?

Et c’est là où revient l’idée de penser l’image. Et on peut être deux, là, avoir un appareil photo de même modèle et ne pas prendre la photo de la même façon parce qu’on a notre sensibilité qui joue, qui affecte notre imagination et qui nous pousse à prendre la photo dans tel angle et pas dans l’’autre.

Donc il faut vraiment faire un travail sur soi, quand on veut se lancer. Même avec un téléphone on  peut faire de belles images, mais il faut pouvoir prendre la bonne, celle qui ferait que quand même vous ne signez pas la photo on puisse savoir que c’est vous l’avez faite et pas un autre.

Pourriez-vous nous partager un aspect marquant ou une expérience marquante de votre carrière de photographe ?

Quelque chose de marquant… Je dois dire que c’est la façon dont je suis venue en Côte d’Ivoire pour la première fois. Il faut dire que c’est parti d’une question simple : un ami styliste à Londres qui me dit qu’il veut faire des photos pour son association qui aide les enfants au Togo. Il faut que j’aille faire des photos de la ville, pour qu’il sache dans quel environnement vivent les enfants qu’ils sont en train d’aider. Et je ne voulais pas y aller seule et j’ai demandé à un ami slammeur de m’accompagner. Et en y allant, il me dit de prendre beaucoup plus les femmes qui travaillent, qui ont un étalage et autre. De fil en aiguille, on a fini par prendre des femmes qui conduisent les tracteurs pour construire les routes. Plus tard il me dit maintenant « Mais allons voir une danseuse contemporaine ». On la prend en photo. Puis une autre, ainsi de suite : une coiffeuse, conductrice de bus et tout çà. Finalement, ce serait bien de faire une expo. On fait l’expo, avec beaucoup de difficultés.

Et j’ai entendu parler d’un concours, lancé par Goethe, qu’il faudrait postuler avec des images. Donc j’ai pris comme çà, les images des dames que j’ai exposées avec beaucoup de difficultés (rires). Mais que j’arrive ici, et je me retrouve dans un environnement où des photographes ont vraiment une formation. Et qui ont travaillé ; le travail derrière les séries qu’ils ont proposées pour être là n’est pas comparable à ce que moi j’ai fait.

On dirait que mon arrivée relève d’un miracle quoi parce que moi j’ai fait ces photos … Bon ! … en n’y pensant pas trop, en me faisant guider et tout. Mais j’arrive parmi des gens qui ont déjà fait des expos … Qui ont des formations de photographe…

Je trouve que vraiment, ça relève de la grâce de la Providence (sourire), ou quoi… Je ne sais pas, mais c’est quelque chose que je ne peux pas oublier, quoi.

Quelles sont les circonstances qi t’ont amenée à participer à ce salon de la photographie ?

Pour cette fois-ci, c’est aussi qu’après être venue en Avril pour le Workshop de démocratie, Mr Barnus était venu comme critique d’art. Et donc lui et Franck Herman Ekra : je suis allée les chercher sur Facebook, et j’ai fait une demande d’ami. Et quand il a publié l’annonce qu’il y a un festival ici, parce que j’ai vu sur sa page qu’il y a u festival. Je me suis dit autant proposer des photos qui  ne font pas intervenir des personnes : donc ce sont cette fois, des photos de bâtiments, d’écoles, en plus de celles que j’ai exposées. Elles sont exposées à l’Institut Français.

Nous sommes dans une société de l’image ; mais souvent nous n’avons pas la sensibilité et la culture de la mémoire photographique : quels sont des conseils que vous pouvez nous donner ?

Oui, moi, pour sauvegarder de manière simple j’ai appris quelque chose chez un photographe béninois qui s’appelle Eric : il ne faut pas se débarrasser des photos comme çà, parce que ça ne plait plus. Peut-être que pour soi, ce n’est pas encore assez bien, mais quelqu’un d’autre y trouvera une valeur. Donc il faut prendre un disque dur qui ne bouge pas : ça reste, et ne sort pas de la maison. Quand tu déplaces un disque dur, c’est sûr qu’il peut y avoir des pertes, mais quand ça reste à la maison et que ça ne bouge pas, qu’il ne sert qu’à copier des photos, il est certain qu’un jour on y trouve ce dont on a besoin.

Ainsi prend fin l’interview que nous a accordée Lina Mensah, photographe d’art, invitée du festipha 2. C’était à l’occasion du Festival Panafricain de la Photographie d’Art d’Abidjan qui était à sa deuxième édition.

Propos recueillis par Jean François Zadi